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La semaine des 4 jours et demi

26 Jan

2013

Yann Bidon
ÉcritPar  Yann Bidon
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La semaine des 4 jours et demi

Prédicat: la réforme parlant du primaire, je parlerai du primaire.

Partons du constat suivant, la France est le pays dont le volume horaire quotidien est l'un des plus élevés d'Europe et avec l'un des nombres de jours en cours le plus faible. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'en somme, on a plus de cours en une journée et du coup, on a plus de vacances. Voilà que des voix se lèvent pour se plaindre de la fatigue de leurs enfants le soir. D'aucuns vont même jusqu'à remettre en cause les devoirs à la maison, estimant que l'école est le temps consacré au travail et la maison le temps consacré pour s’épanouir dans d'autres secteurs.

De cela, on propose de passer la semaine de 4 jours à la semaine de 4 jours et demi. Des consultations ont été lancées par Luc Châtel, en qualité de ministre de l'Éducation et de la jeunesse, et son successeur Vincent Peillon veut désormais l'appliquer comme le prévoyait le programme de M. Hollande. L'idée de la réforme est d'ajouter une demi-journée de cours (le mercredi, mais certains le veulent le samedi alors c'est en débat) et ainsi de réduire le volume journalier pour que les enfants finissent à 15h30. Pour combler le trou, la Mairie devra proposer des activités pour que les enfants puissent s'épanouir justement que cela soit dans le domaine culturel, artistique ou sportif. En outre, les professeurs seront conviés à faire des "activités pédagogiques complémentaires" consistant à de l'aide aux devoirs et aux élèves en difficulté. Entre parenthèse, le texte prévoit entre 30 à 45 min pour ces activités, je trouve cela plus qu'insuffisant mais bon.

Et là, ça coince. Tout d'abord, les professeurs se plaignent par l'intermédiaire du SNUIpp (Syndicat National Unitaire des Instituteurs, professeurs des écoles et PEGC) qui exigent une compensation pécuniaire arguant que cela leur demandera du travail supplémentaire. Cela se comprend parfaitement. Il faudra les payer plus. Mais je reviendrai sur l'argument de l'argent dans un instant.

Car en effet, je souhaite parler des complaintes des communes. Vous ne le savez peut-être pas mais les communes gèrent le primaire, les départements gèrent le collège et les régions gèrent les lycées. L'augmentation du rythme scolaire coûterait donc à la mairie, tout d'abord car cela voudrait dire payer une demi-journée supplémentaire les transports scolaires, les assistantes scolaires. Et surtout, c'est financer ces activités à instaurer l'après-midi après 15h30 qui serait à la charge des communes. Ces dernières se plaignent que cela peut être une hausse de budget conséquent, l'association des maires des grandes villes de France ayant chiffrée la réforme à 600 millions d'euros. Et elles en appellent alors à une participation de l'État. En décembre dernier, Jean-Marc Ayrault a annoncé une aide de 50€/élève en 2013 puis 45€/élève en 2014 (et un peu plus pour les zones d'enseignement prioritaire).

Je rappelle ma position que j'avais énoncé sur l'article consacré à l'Éducation Nationale. On ne doit pas minimiser le budget où s'exerce les fonctions régaliennes de l'État. La Justice, la Sécurité, l'Avenir de la Nation, c'est sacré! Et qu'est-ce que l'Éducation si ce n'est l'avenir de la nation? On fait finir les cours plus tôt, on met une demi-journée de plus et puis on propose des activités aux enfants. C'est génial, non? On étend la plage de travail, on propose du divertissement et autres activités ludiques hors du cadre des cours pour développer d'autres branches(ce qui est mieux que de le laisser le soir devant la télévision). Doit-on laisser des considérations d'ordre financier prendre le pas sur le développement de nos enfants? Non, bien sûr que non. Franchement, il y a déjà plein de gaspillage ailleurs, dans les allocations, des niches... On n'arrête pas de donner pour tous et n'importe quoi (l'AME, l'ATA...)et pour l'éducation de nos enfants, on ne trouverait pas l'argent?! Pitié. Il faut revoir ses priorités, à la fin.

Enfin les parents s'inquiètent ensuite de la garde de l'enfant. J'ai presque envie de dire, il est où le problème? Avant, le mercredi, les enfants n'allaient pas en cours. Donc les parents se chargeaient bien d'eux. Soit un des parents prenaient un jour de repos le mercredi soit ils payaient une nourrice pour s'occuper de l'enfant. Dans notre cas, on propose à ce que l'école prenne en charge l'enfant une partie de la journée, ce qui fait que le parent n'est plus obligé de prendre en repos la journée complète ou de payer la nourrice, crèche, garderie, etc. qu'une demie-journée. C'est plutôt sympas. D'autant plus que les après-midis, il y a des activités après 15h30. On pourrait me dire que je parle de choses dont je ne sais rien. Mais depuis 2 ans, le groupe scolaire de l'Isoret à Angers applique ce système et les retours sont positifs.



Ok mais pourquoi on ne l'a pas fait avant alors? Car l'argent est toujours le plus fort et outre les mairies, outre les professeurs qui eux s'affichent, il y a un acteur de poids, avec un fort lobbying qui ne veut pas voir le rythme scolaire allongé. Un acteur qui influence depuis bien longtemps le secteur de l'éducation alors qu'on pourrait croire à première vue qu'il n'a aucun lien, c'est le tourisme. Quatrième plus gros employeur de France, le secteur du tourisme a toujours jouer sur le rythme scolaire pour concentrer les cours durant la journée pour qu'on ait plus de vacances et ainsi qu'on parte plus souvent en vacance favorisant ainsi les restaurateurs, les hôteliers, les saisonniers, les transports, les agences de voyages... Déjà en 1961, au milieu des 30 Glorieuses, cette période faste de développement économique des pays de l'OCDE, le rythme scolaire était établi en accord avec le ministère du tourisme. C'est le tourisme qui a fait les 3 zones pour qu'on parte en vacance de manière plus étalée et donc pour une période plus pérenne pour ce business. Puis dans les années 70, vient le tour du week end, on enlève le jeudi de repos et on le met le mercredi, en plein milieu des 5 jours et on supprime l'école le samedi après-midi... Et alors là, proposer de changer pour étendre la durée du travail des petits... Les voilà qui vont pleurer dans les jupons de l'État en menaçant à mi-mot que cela aura un impact sur l'emploi dans leur domaine. On sait que c'est la hantise de notre gouvernement actuel. M. Peillon l'avoue également dans une interview.


Et bien moi, je dis, pour une fois, ne flanchez pas. Je soutiens personnellement cette réforme. Pour une fois que vous gardez une bonne chose lancée sous le gouvernement Fillon et que vous ne le jetez pas sous prétexte que ça vient de la droite comme le coup de la TVA que vous avez dû vous résoudre à faire, maintenez la barre.

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