Notre système électoral est-il bon? - Yann Bidon background
Notre système électoral est-il bon?

01 Oct

2016

Avatar
Écrit Par  Yann Bidon
 Avoir Comments  0

Notre système électoral est-il bon?

Notre système électoral pour les présidentielles et les législatives, soit les deux élections les plus importantes pour le fonctionnement de l’État, est assez simple et dérive du système « First Past The Post » à la subtilité qu’il s’exécute en deux tours. Il fonctionne comme sui, chaque personne n’a qu’une seule et unique voix qu’elle ne peut donc donner qu’à un seul candidat et celui qui a le plus de voix remporte l’élection. Il y a toutefois deux tours où les conditions varient pour être sélectionné au second tour. Pour les présidentielles, c’est les deux meilleurs, point. Et les législatives, il faut atteindre un certain pourcentage. Si on a déjà la majorité absolue au premier tour (plus de 50% des voix), alors on est directement élu sans second tour. Ce système s’appelle le scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Il est simple, logique et juste…n’est-ce pas ?

Hé bien en réalité, pas du tout. Personnellement, je suis contre ce système de vote et je vais vous expliquer pourquoi. Pour cela, on va imaginer une situation comme ci-dessous au premier tour (ceci est de la fiction, je ne vise aucun pays ou parti, soyons clair) :

- L’extrême gauche : 9%
- Divers gauche : 18%
- Gauche : 19%
- Centre : 13%
- Droite : 20%
- Divers droite : 15%
- Extrême droite : 6%

En second tour, les vainqueurs seront soit la gauche, soit la droite. Cela pose déjà un problème car bien que les gens se sont rabattus sur ces candidats au second tour, in fine, cette personne est élue alors que 80% des personnes n’ont pas voté pour elle. La minorité domine. Ce fut le cas au Venezuela par exemple où, en 1993, Rafael Caldera fut élu président avec 30,5% des voix exprimés. Mais ça, j’ai envie de dire, ce n’est pas le pire.

Là où c’est plus embêtant, c’est que cela amène irrémédiablement à un système à deux partis comme c’est le cas actuellement en France avec le parti socialiste et les républicains. Et c’est normal. Car au fil des élections, c’est eux qui l’emportent avec ce système. Donc petit à petit, les électeurs de partis minoritaires s’effritent pour voter « utile », aussi appelé le « spoiler effect ». Ainsi les extrêmes n’aiment vraiment pas l’autre côté (droite ou gauche). Ainsi pour éviter de les faire élire, ils vont plutôt voter pour celui qui a le plus de chance d’être élu. Ainsi, on vote pour le moins pire et non plus pour ce qu’on souhaite afin d’éviter que celui qu’on déteste l’emporte. Du fait qu’on ait qu’une voix, les candidats divers ne font qu’amoindrir en réalité la branche du courant principal. Le stock de voix qui est proche de la droite, par exemple, aurait pu lui permettre de passer devant la gauche. Heureusement, le second tour permet ce report mais ça ne change rien au fait que les petit-partis sont défavorisés par le « vote utile ». Pour un parti divers droite, pour faire gagner la droite, il ne devrait pas se présenter pour éviter de diviser les voix…c’est stupide. Les courants de droite et de gauche consolidés par cela font que c’est les deux grands vainqueurs, le centre perd naturellement et doit donc se répartir au second tour entre les deux. Vous pouvez dire « fuck le système, votez le 3e parti ». In fine, vous ne ferez que favoriser le parti adverse. Ce n’est pas de votre faute, c’est le système qui est comme ça. Donnez-lui suffisamment de temps et il deviendra un système bipartisme.

Enfin, ce n’est pas un système respectant le critère Condorcet. C’est une incohérence soulevée au XVIIIe siècle par un mathématicien français, Nicolas de Condorcet. On a un gagnant Condorcet lorsqu’on choisit une personne qui deux à deux vainc un maximum de candidats. Je m’explique en reprenant l’exemple de Wikipédia :

Sur 21 électeurs, voici leurs choix (par ordre de préférence)
7 électeurs choisissent : A puis C puis B ;
8 électeurs choisissent : B puis C puis A ;
6 électeurs choisissent : C puis A puis B.

Dans ce système, le candidat C est éliminé dès le premier tour alors qu'il aurait gagné son duel contre A (A : 7 et C : 14 si B n’existait pas) et son duel contre B (B : 8 et C : 13 si A n’existait pas).

« Ok, Yann, t’es mignon et je vois que tu te complais dans ton rôle d’opposition. Tu critiques bien et c’est vrai que ce n’est pas l’idéal. Mais est-ce que tu as mieux ? Car pour citer Churchill : « La démocratie est le pire des régimes - à l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé ». Là, c’est un peu pareil. Tu souligne les erreurs mais y a-t-il mieux ? »

Tout d’abord, merci de dire que je suis mignon. Hé sinon, oui, j’ai des alternatives à proposer. Je tiens juste à préciser que je ne vais parler dans cet article que du système de décomptes des votes. Il y a bien des choses à changer comme la reconnaissance du vote blanc ou le gerrymandering (découpage électoral). Mais ça fera l’objet d’autres articles dédiés tant c’est un vaste sujet.

Globalement, faut arrêter le fait d’avoir une seule voix. C’est ce qui cause le vote utile. On ne doit pas gaspiller notre voix et ce qui tue les petits partis, car on préfère la donner à ceux qui ont des chances de gagner. Comment faire alors ? Plutôt que de voter pour un candidat, il faut simplement voter pour tous les candidats. Une des solutions que je propose est tout simplement d’établir une liste de préférence. Ainsi, une personne d’extrême droite mettrait ce parti en première position, puis la droite en 2e puis divers droites en 3e puis le centre en 4e, la divers gauche en 5e, la gauche en 6e et enfin l’extrême gauche en 7e. Ici, on ne vote plus pour un seul parti. J’ordonne simplement les partis en fonction de mes affinités avec eux. Évidemment pour l’exemple, j’ai pris des partis mais cela marche aussi avec des candidats. Du coup, au dépouillement, on prend les premiers choix de chacun. Si personne n’a 50% alors on va éliminer celui qui a le moins de voix. On prend alors le tas des personnes ayant voté pour ce parti et on les répartit en fonction de leur second choix. Et on continue ainsi jusqu’à ce qu’un parti arrive à 50%. En agissant de cette manière, lorsqu’on vote pour un parti, on ne défavorise plus le parti de la tendance la plus proche qui aurait plus de chances de gagner. On ne divise plus les votes car une fois notre candidat éliminé, notre vote se rabat sur celui d’après dans notre liste de préférence. On ne gaspille donc plus notre voix lorsqu’on vote pour un mini-parti dont on est plus proche. Ainsi ça permettra d’avoir beaucoup plus de places pour les partis autre que les deux grands, ça leur permettrait réellement de voir combien ils pèsent (en regardant le premier tour du dépouillement) et donc de peser plus de poids face aux gros dans la défense de leurs idées (et donc des vôtres). Enfin, ça arrêtera le vote utile causé par le bipartisme. Mais est-ce la panacée ? Non, car bien que ce système soit plus juste, il est aussi plus chiant. En effet, le dépouillement doit, du coup, être itératif. On fait un premier dépouillement, on prend celui qui a le moins de voix, on l’élimine et on reporte les votes et on continue jusqu’à ce qu’on ait un candidat à 50%. Cela peut être long et rébarbatif sur des milliers de bulletins et sachant qu’on a déjà du mal à trouver des dépouilleurs… En outre, ce système ne respecte pas non plus le critère Condorcet car votre liste de préférences n’intervient que lors de l’élimination de votre candidat pour voir le report de votre voix. Mais en dehors de ça, votre ordonnancement n’a que peu d’importance dans le sens où ça ne pénalisera pas celui que vous mettez en dernier par exemple.

Alors je propose un autre système encore. On vote encore pour tous les candidats mais non plus juste « oui » / « non » mais avec une échelle de valeur du type -2 ; -1 ; 0 ; 1 ; 2. Le but va être d’entourer l’affinité qu’on a avec le candidat. 2, c’est « J’aime vraiment beaucoup le candidat », 1 pour « ça va, je l’aime bien », 0 pour « pas d’avis particulier, -1 pour « je ne l’aime pas » et -2 pour un « je ne l’aime pas du tout. Ainsi pour dépouiller, on prend juste tous les bulletins et on additionne la valeur courante du candidat (initialement 0) avec les valeurs du bulletin. Ainsi rien ne nous empêche de soutenir des petits candidats car ce n’est pas exclusif. On peut mettre 2 à la droite et à la divers droite par exemple. Cela permettrait de voir qu’elles sont les candidats vraiment appréciés des gens et non plus les votes stratégiques / utiles. Le dépouillement se fait en un tour et assez simplement car se compose juste d’addition. Et puis, voilà enfin un système respectant le critère Condorcet. En effet, comme vous jugez l’ensemble des candidats avec une note, sa position relative à tous les autres est prise en compte. On regarde au global s’il est apprécié ou pas. On ne se contente plus de ne regarder que les premiers. On va donc prendre le candidat qui a le plus de « sympathie » mais aussi le moins clivant. En effet, si on met en dernier un parti, cela va avoir un impact sur ce dernier car ça va lui faire perdre deux points. Donc ici, l’entièreté de vos préférences est prise en compte pour sortir le meilleur candidat ou du moins, celui qui fait le meilleur compromis.

J’aime beaucoup ce dernier système de vote et je me demande pourquoi on ne l’a pas encore imposé. Il faut dire que les habitudes ont la vie dure mais c’est pourtant du bon sens. L’uninominal engendre le vote utile qui est une calamité pour la démocratie mais qui est un impératif dans le système actuel. Moi je suis pour la pluralité des partis, pour que voter pour un parti plus modeste n’impacte pas ma tendance politique globale. Alors évidemment, ce n’est pas tout, il y a de grands chantiers à mener sur la reconnaissance du vote blanc et le gerrymandering mais ça sera pour une autre fois.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE


Commentaires (0)

Soyez le premier à réagir.