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Les vraies aides de la Presse

Je confesse ne pas pouvoir m’empêcher de sourire lorsque je vois des médias crier haro sur la SNCF et ses cheminots assimilés à des privilégiés. Quand on critique les acquis sociaux des copains, il serait bon de balayer devant sa porte en amont. Car quitte à mettre les avantages sur la table et lancer le débat sur ceux-ci, je vous propose de passer en revu les privilèges de la presse française. Car bien qu’il faille soutenir la liberté de l’information, on est quand même en droit de s’interroger sur certaines mansuétudes fiscales et aides offertes par l’État à des organismes de presse sans nul autre contrepartie que faire leur travail.

Tout d’abord, on a l’aide directe, c’est-à-dire, l’enveloppe qu’accorde le ministère de la culture et de la communication aux organismes de presses via le Fond Stratégique pour le Développement de la Presse ainsi que les Aides à la Diffusion et les Aides concourant au Maintien du Pluralisme. Voici quelques chiffres sur les journaux dépassant le million d’aide d’État. Ces chiffres, venant du Ministère de la Culture et de la Communication, datent de 2015 et bien que cela ait pu bouger depuis, cela vous donne quand même un ordre d’idée :

7 770 562 € pour AUJOURD'HUI EN FRANCE
6 499 414 € pour LIBERATION
6 456 112 € pour LE FIGARO / lefigaro.fr
5 438 216 € pour LE MONDE / lemonde.fr
4 405 474 € pour LA CROIX / la-croix.com
4 094 071 € pour OUEST FRANCE
3 590 875 € pour L'HUMANITE
1 656 519 € pour LA DEPECHE DU MIDI
1 643 837 € pour LES ECHOS / lesechos.fr
1 609 400 € pour LE PROGRES / LES DEPECHES EDITION DU JURA / LA TRIBUNE
1 572 941 € pour LE PARISIEN
1 485 067 € pour L'EQUIPE
1 341 811 € pour PRESSE OCEAN
1 195 057 € pour LE DAUPHINE LIBERE
1 193 079 € pour L'EST REPUBLICAIN
1 190 406 € pour LE JOURNAL DE LA HAUTE MARNE
1 149 031 € pour LE JOURNAL DU DIMANCHE
1 139 971 € pour SUD OUEST
1 030 775 € pour LA VOIX DU NORD
1 000 805 € pour LA REPUBLIQUE DES PYRENEES


Cela représente quand même de belles sommes, n’est-ce pas ? Au total, cela représente environ 77 millions dépensés seulement pour l’année 2015. Et c’est souvent celles-ci qu’on dénonce en général. Pourtant, c’est loin, très loin d’être les seuls avantages de la presse. Intéressons-nous aux cadeaux fiscaux.

Déjà, l’État est sympa avec la Presse. Histoire de la rendre accessible à un maximum de personnes mais du coup également rendre les journaux plus « attractifs », ces derniers bénéficient d’une taxe sur la valeur ajoutée extrêmement basse. L’article 298 du Code Général des Impôts (CGI) fixe à 2.1% la TVA pour la presse métropolitaine et 1.05% pour les départements de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion. On est d’accord, ce n’est pas de l’argent en plus qui vont à la presse. Néanmoins, c’est de l’argent en moins dans les caisses de l’État alors que ça contribue au rayonnement de l’activité économique des organismes de presses. Donc cela reste un beau cadeau.

Les organismes de presse font leurs affaires et sortent en fin d’année un bénéfice. Vous le savez surement, les bénéfices sont taxés par ce qu’on appelle la taxe sur les sociétés qui ponctionne historiquement 33% des bénéfices mais je note que les récentes mesures fiscales veulent réduire ce taux à 25% d’ici 2022 (ce qui est très bien, à mon avis). Cependant, dans le domaine de la presse, des déductions fiscales d’investissement (achat de mobiliers, matériels, bases de données, serveurs ou services d’hébergement) sont possibles dans la limite de 30% pour les investissements liés à la presse en ligne et 60% pour la presse quotidienne. Ceci est régi par l’article 39 bis A du CGI. Donc vous êtes de la presse, vous achetez du matériel pour votre activité, bah c’est déductible de vos impôts, merci l’État.

Vous le savez également, les dons pour les associations d’utilité public ou les fondations sont déductibles des impôts sur le revenu de 66% dans le limite de 20% de vos revenus. Un bon moyen de vous pousser à faire des dons et soutenir ainsi des associations œuvrant pour le bien commun. Hé bien, figurez-vous que cette règle s’applique également aux organismes de presse via les associations « J’aime l’info » et « Presse et Pluralisme ». C’est le point f bis de l’article 200 du CGI. Et ce n’est pas le seul cadeau pour les particuliers. Vous souhaitez entrer dans le capital d’un organisme de presse ? Une réduction d’impôts vous est offerte de 30% de votre investissement dans la limite de 1000 €/an par personne. Merci l’article 199 terdecies-0 C du CGI. Si avec ça, on ne vous invite pas à donner à la presse. Alors que bon, je ne vois pas pourquoi d’autres entreprises ne peuvent pas en profiter non plus.

Mais vous savez, dans « Presse », il n’y a pas que les entreprises de presse. Il y a aussi les personnes qui y travaillent, comme des journalistes, des rédacteurs, des photographes, des directeurs de journaux, des critiques dramatiques et musicaux. Et si je vous disais que ce petit monde avait le droit à un abattement fiscal à hauteur de 7 600€. Parce que…voilà, ils bossent dans des journaux donc faut les aider. C’est l’article 9 de l’arrêté du 20 décembre 2002. Je travaille dans l’ingénierie informatique, il n’y a pas un petit geste pour moi ? Non ? Et pourquoi eux, jute car ils travaillent pour la presse ? Cela ne serait quand même pas un privilège corporatiste :euh: ?!

En outre, « Presse » n’englobe pas que les entreprises de presses et leurs employés et free-lances mais aussi les distributeurs. Ainsi, pour soutenir les vendeurs de journaux qui font le sacrifice fou de vendre des journaux, on leur offre un régime dérogatoire des taux de cotisations de sécurité social. En somme les montants dans leurs cotisations sociales sont assis sur une assiette fiscale fixée à 4% par l’arrêté du 30 juillet 1996. Vous êtes un épicier, vous achetez des fruits à un producteur local, il n’y a pas de régime dérogatoire alors que vous nourrissez les Hommes, mais si vous achetez de la presse pour la vendre, là par contre, l’État vous aide…Ok…

Et dans les distributeurs, il n’y a pas que les vendeurs de journaux, allons. Il y a aussi La Poste. Après des mois de négociations, les organismes de Presse, le gouvernement et La Poste se sont mis d’accord sur un protocole d’accord pour mettre des tarifs préférentiels pour le transport de journaux de presse. Cela a abouti aux articles D18 à D27 du Code des Postes et des Communications Électroniques.

Oui mais Yann, tu nous parles, allez, d’un milliard d’euros, ce n’est rien face à la dette abyssale de la SNCF. Certes mais la dette de la SNCF est la résultant de plusieurs années. Or là, je parle aussi de cadeaux offerts chaque année. Donc depuis simplement ma naissance, même s’il n’y avait pas tout ça, l’État a quand même dû sacrément raquer. Et surtout, la SNCF appartient à l’État. Donc c’est normal qu’il investisse dedans et dans le pire des cas, le physique (locaux, gare, rail, train…), ça peut toujours se revendre donc ce n’est pas vraiment à fond perdu. C’est son bien. Là, on parle de milliards donnés à des entreprises privées, enrichissant les riches propriétaires privés juste pour diffuser de l’information publique… En tant que tel, je ne suis pas foncièrement contre soutenir la Presse. Mais par contre, faut pas jouer les hypocrites en criant aux privilèges indus de la SNCF.

Gerrymandering

On continue notre série sur les travers de notre système électoral. Après le système de vote, il est temps de nous attaquer au découpage électoral. Cette problématique se pose lorsqu'on doit élire non pas un conseil dans sa globalité mais qu'on vote que pour une constituante, une partie de celui-ci.

De quoi je parle? Vous voyez les élections municipales en dehors des 3 plus grandes villes de France qui ont un traitement spécial (Paris, Lyon Marseille)? Vous votez ici par un vote majoritaire pour l'entièreté du conseil. Le vainqueur remporte plus de la moitié des sièges et le reste est partagé proportionnellement. Bien qu'on peut critiquer le scrutin majoritaire, on note qu'ici, nous maitrisons totalement la composition du conseil, de façon à représenter la volonté des habitants de la ville. Normalement, la liste qui a remporté les suffrages représente bel et bien la majorité de la population ayant votée (le vote blanc n'étant pas décompté). Rien d'anormal. Cela vous semble même logique. Cela serait étrange que le parti vainqueur ne soit pas celui qui soit le plus représenté.

Pourtant, c'est ce qui peut arriver lorsqu'on vote par circonscription, par zone si vous voulez. C'est le cas par exemple pour les élections législatives où différentes circonscriptions élisent leurs députés. C'est aussi le cas pour les sénatoriales où on vote une liste par département. Il y a enfin les cantonales qu'on a appelé départementales où chaque canton vote pour un représentant au conseil général qui s'appelle maintenant conseil départemental (et mais c'est que ça bouge quand même). Bon, et du coup, où est le problème, me direz-vous? Chacun des territoires choisit un représentant pour siéger à un conseil d'un niveau plus grand. Qu'est-ce qu'il y a de mal? Les limites de ces territoires ne sont pas marquées dans le marbre. En fonction de la démographie, de l'évolution du territoire et de sa population ou encore par simple volonté politique, les limites bougent et se redéfinissent. Et on n'en parle jamais mais ce n'est pas si rare que ça. Les lignes pour les législatives ont bougé en 2009, les cantons ont été réduits par deux en 2013 (ce qui a valu qu'on repousse les élections départementales et régionales en 2015). Or celui qui redessine les lignes maitrisent totalement le scrutin.

Je m'explique. Imaginez un pays super simple avec 100 villes que je vais représenter ici par un carré de 10x10. Globalement, par le jeu des statistiques, des sondages, des résultats précédent, on sait déjà globalement pour qui la ville va voter. Toujours pour simplifier, on ne va prendre que 2 partis, les rouges et les bleus. Disons qu'il y a 40 villes pour les bleus et 60 pour les rouges. On vient de nous donner comme mission de découper le territoire en 10 circonscriptions. Dans l'idéal, je peux faire en sorte que la proportion (60% de bleu et 40% de rouge) soit respectée au sein du conseil. Il me suffit de découper le territoire comme suit:

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Mais voilà, moi je suis pro-rouge ou bien les rouges m'ont tout simplement acheté. En jouant avec les lignes, je suis capable de faire en sorte que la totalité du conseil soit rouge. Si, si. C'est juste un petit jeu géométrique.

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Sachez que les bleus peuvent également m'acheter et bien que je ne peux leur donner la totalité (car ils n'ont pas la majorité des villes), je peux quand même leur donner la majorité au conseil auquel ils candidatent. Il suffit que je coupe comme sui et ils auront 60% :

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C'est ça le gerrymandering. C'est le fait de découper le territoire dans le but de favoriser un parti. C'est un mot qui nous vient des États Unis, en 1981 pour dénoncer les dérives du découpage électoral. Le Gerrymandering est un vrai problème et n'affecte pas juste mon petit schéma ci-dessus. On a notamment eu le cas récemment avec l'élection présidentielle américaine où malgré que la population ait voté majoritairement pour Hillary, par le jeu des swing-states et donc du découpage électoral, c'est Trump qui a reçu le plus de grands électeurs et sera normalement sacré président. Ce fut également le cas pour les élections présidentielles américaines de 1876, 1888 et 2000, où les démocrates, bien que majoritaires dans l'électorat, furent battus à cause du découpage des États.

Le problème du vote par zone est l'effet de seuil. En réalité, pour gagner, seul suffit 50.01%. Le reste des votes n'est que surplus et est donc perdu alors qu'ils auraient pu aider une autre zone pour faire basculer le parti. Car que vous gagnez avec 50.01% ou 100%, cela importe peu. Vous avez remporté votre zone mais ça ne change rien au niveau de la composition du conseil. De même, lorsqu'on perd, l'ensemble de nos votes pour le perdant sont eux-mêmes perdus. C'est d'autant plus rageant si le vainqueur n'a que 51%. Youhou, 49% de la zone n'est pas représenté. Alors que ces voix auraient elles aussi permis peut-être de récupérer une autre zone (et donc un siège).

Mais critiquez, c'est mignon. Proposez des solutions, c'est meilleur. Quelles sont les alternatives? La plus naturelle est évidemment de donner le découpage des lignes électorales à un organisme indépendant. Mais peut-on réellement être indépendant? Je préfère une autre solution, plus pragmatique. Vous avez peur que cet organisme se fasse acheter par un des partis pour le favoriser? Payez le pour qu'ils fassent en sorte de faire un découpage correspondant au mieux aux proportions nationales. Si je reprends mon exemple de 100 villes. Je vais demander à l'organisme de me faire un découpage pour que la composition du conseil colle au mieux du 60% rouge et 40% bleu et je ne paierai que si c'est le cas. En quelque sorte, on fait du gerrymandering mais là, ce n'est pas les partis mais l'État qui paie pour que le conseil soit représentatif de sa population. C'est quand même mieux et c'est cool car ça ne serait plus aux politiques de le faire. Seulement ça coute des sous...mais ça garantie une bonne représentativité.

On peut aussi supprimer les zones et faire un vote à la proportionnelle. On voterait alors pour une liste comme pour les municipales et ça serait une élection nationale. Cependant, dans ces cas là, on ne sera pas sûr que notre territoire soit représenté. Cela peut moralement poser problème et vous en êtes seul juge. Mais bon, si on nous sort une liste avec essentiellement des Parigos, avec tout le respect que j'ai pour eux, avouons que l'assemblée ne sera guère représentative de la diversité du territoire. On impose une personne de chaque territoire dans la liste? S'il gagne 60%, comment décide-t-on de ceux qui vont siéger? De quel droit, via des arrangements internes, va-t-on écarter tel territoire plutôt qu'un autre?

On peut aussi découper le territoire non pas par un choix humain mais par les mathématiques. Il existe de nombreux algorithmes pour découper une zone de N éléments en M circonscriptions. Je pense, par exemple, au Shortest Split Line Method que j'aborderai surement un jour dans ma rubrique mathématique. Pour le moment, je ne vais pas rentrer dans les détails mais je peux vous assurer qu'il existe des méthodes "neutres" pour découper une zone en x sous-zones / circonscriptions. Alors bien sûr, cela peut totalement aboutir à une situation, un découpage qui va favoriser un parti plutôt qu'un autre, mais ça sera purement fortuit, ça ne sera pas voulu par l'Homme, il n'y aura pas eu de malversation de l'Homme, c'est une machine qui a découpé, tout simplement.

La fausse bonne idée serait de proposer de découper les zones et de les soumettre à l'approbation des partis. Alors déjà, je ne vous raconte pas le bordel pour mettre tout le monde d'accord. Et surtout, il faut bien voir que les partis n'ont pas les mêmes intérêts que les électeurs. Les électeurs veulent des élections serrées où le candidat doit se battre et donc convaincre pour arriver premier. Cela permet ainsi de donner du poids au peuple. À l'inverse, les candidats, eux, veulent surtout un vivier facile pour avoir leur place assurée et donc conserver leurs privilèges. Et c'est ainsi qu'on se retrouve avec toujours les mêmes, indéboulonnables, tout simplement car ils se seront répartis en terrain conquis. Pour illustrer, imaginez-vous juste 4 zones, 2 bleus et 2 rouges, que vous devez couper en deux. Pour les électeurs, le meilleur serait de faire un découpage en deux zones "1 bleu et 1 rouge". Comme ça, chacun va devoir convaincre, se battre, céder sur des points pour faire plaisir aux électeurs.... Les partis, eux, veulent s'assurer d'être présent, d'avoir le siège. Ils ne veulent pas d'une guerre incertaine. Ainsi ils vont préférer une zone "2 bleus" et une autre "2 rouges" où chacun gagne un siège assurément. Mais derrière, il n'y a aucun challenge, aucun risque et donc si on a aucun risque, pourquoi le candidat se plierait aux réclamations de quelques uns?

Le Gerrymandering est un sérieux problème qui peut totalement défaire le résultat d'une élection. Ainsi, il nous appartient d'être vigilant lorsque les lignes bougent. Mais sincèrement, aujourd'hui, qui s'en soucie? Personne. Le saviez-vous que les circonscriptions avaient bouger en 2009? Saviez-vous que les cantons aussi en 2013? Cela fait beaucoup moins de bruit que la réduction par deux de nos régions et pourtant d'un point de vue électoral, c'est beaucoup beaucoup plus important. Des solutions, il y en a, en gardant les zones, en les enlevant, en virant le politique du processus, en payant pour assurer une équité. Maintenant, encore faut-il des voix pour réclamer le changement. Un certain président avait annoncé que le changement, c'était maintenant mais sur le fond, in fine, pas grand chose a changé et personne ne s'ose à aborder le sujet. On préfère se cristalliser sur "faut-il faire voter les étrangers" plutôt que sur "comment rendre notre système électoral plus juste"...

La situation de nos armées

Le 23 mars 2016, j’organisais une conférence avec le général Desportes et le général Pinard-Legry sur le situation de nos armées. Je peux me féliciter d’avoir fait salle comble et d’avoir rempli l'amphithéâtre de science po. Mais plus que de la prétention, cela me réchauffe surtout le coeur de voir que les français sont encore attachés à leurs armées. Ces dernières années, l’État ne cesse de faire des économies sur ses fonctions régaliennes tel que la justice, la sécurité, l’éducation. Il va de soi que les armées ne sont pas épargnées par ces coupes franches. À chaque livre blanc, document qui régit le budget de la défense, on assiste à des coups de rabots sur les finances. Et il est d’autant plus facile de taper sur celle qu’on surnomme la grande muette, qu’elle ne se rebelle pas et applique de manière très disciplinée son devoir de réserve. Lorsqu’on s’occupe des enseignants, d’avocats, on les voit manifester et crier leur désapprobation, ce n’est pas le cas de l’armée. Alors que nos valeurs humanistes tendent à dire qu’on doit au contraire accompagner et aider les plus faibles, tels les muets, voilà qu’on laisse les armées à son sort. Il est normalement des hauts dirigeants militaires et des politiques de faire remonter ce que la grande muette ne dit pas publique, mais ces voix ne portent plus. Puisque la hiérarchie militaire n’est plus écouté et entendu, c’est alors à nous citoyens de nous élever pour la défendre. C’est pour cela que j’ai intégré l’ASAF, l’association de soutien à l’armée française. Son rôle n’est pas comme d’autres associations de perdurer le devoir de mémoire, l’ASAF est au contraire ancré dans le présent et tourné vers l’avenir. Elle entend peser dans l’opinion public pour y défendre l’intérêt militaire en sensibilisant la population et en alertant les politiques et leur faire prendre leur responsabilité envers la situation de nos armées.

Une illusion de sécurité et de paix



Car ne nous leurrons pas, bien que j’aimerai vraiment une paix mondiale, l’Histoire montre bien que les guerres et conflits armés sont endémiques à notre existence. Dès qu’on conquit et dompte un territoire, la guerre s’y immisce. On avait la terre, on a fait l’armée de terre. On a finalement naviguer sur les mers, voilà qu’on crée la marine. Avec l’invention de l’avion vient l’armée de l’air. Demain, peut-être l’espace et aujourd’hui déjà le cyber-espace. . Dès qu’il y a un espace à conquérir, les hommes se battent pour y imposer leurs modèles, leurs us et coutumes, leurs valeurs, etc. Et plus macroscopique, au sein même d’un territoire, différentes nations, ethnies, religions s’affrontent et ce, de tout temps et en tout lieu. Bien que depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, on n’a plus été touché sur notre territoire par des guerres, de nombreux conflits ont éclaté partout dans le monde. Ils ne nous affectent pas tous forcément mais il faut garder cela en tête car à tout moment l’ennemie peut venir frapper à nos portes. Je ne souhaite pas tenir un discours alarmiste comme le font certain. Je tiens juste à souligner la nécessité impérieuse d’avoir la capacité de nous défendre et cela passe par nos armées.

Nonobstant, on ne cesse de la réduire sous des prétextes fallacieux. Il y a des causes, je ne dis pas que nos dirigeants font ça par plaisir mais regardons un peu les excuses qu’on nous donne. Tout d’abord, la protection américaine. Depuis que le soldat Ryan est venu nous “sauver” lors de la Seconde Guerre Mondiale, les États-Unis ont réussi à prendre le leadership mondial. Renforcé depuis sa réussite lors de la guerre froide avec la chute du modèle soviétique, les États-Unis interviennent dans toutes affaires internationales et diligentent la plupart des conflits mondiaux. On peut leur en tenir rigueur ou les saluer, je n’ai pas à m’exprimer là-dessus. Le fait est qu’on a créé une alliance avec eux, qu’on appelle l’OTAN ou organisation du traité de l'atlantique nord. Nous voyant protégé par un allié avec une artillerie considérable, on s’interroge légitimement sur l’intérêt de notre propre armée. Mais là encore, ne nous fourvoyons pas et je vais me permettre une référence à Game of thrones. Tywin Lannister prenait une grande partie des décisions et je ne sais plus qui l’interroge sur ce que va en dire le roi. Tywin répondit simplement que celui qui dirige n’est pas celui qui porte la couronne mais celui qui tient la plus grosse armée. C’est une triste réalité. L’armée est une garante indispensable de la souveraineté nationale. Des pays vivent très bien sans armée. Mais du coup, ces pays dépendent d’autrui pour la défense en cas d’assaut et qu’on se le dise, cela pèse dans les relations internationales. Donc là se pose la vision que l’on a pour la France. Pour moi, la France est un grand pays et un pays qui doit peser dans le monde et pour ce faire, elle ne doit pas être à la solde d’autrui. Si demain, les américains se retournent contre nous pour x ou y raisons, nous serons bien heureux d’avoir une armée pour nous défendre. Évidemment, il faut être lucide, si on part en conflit armé contre les américains, on se fera laminer car notre armée n’est pas à sa hauteur. Cependant, ça donne du poids lors des négociations et dans la diplomatie en générale. De même, on doit pouvoir être capable d’agir sans forcément l’aval des américains, d’autant que depuis la guerre d’Iraq et d’Afghanistan, les étasuniens se sont relativement calmés niveau belligérance. Quand on est parti au Mali (et ne vous inquiétez pas, je reparlerai de cette opération extérieure), on la fait sans les américains et ni même les européens qui ont juste apporté un soutien logistique. C’est important évidemment mais c’était nous qui étions au front et ça, ça change beaucoup de choses. Donc, je ne dis en aucun qu’il faut se séparer des États-Unis, surtout pas. Cela serait une erreur stratégique majeure. C’est un allié précieux. Mais la “protection” américaine ne doit en rien servir comme argument pour la réduction de moyens et d’effectifs de nos armées. Notre alliance via l’OTAN ne doit pas nous rend atone pour autant.

Autre prétexte, l’armement nucléaire. Perçu comme la panacée depuis la démonstration de force des américains sur Hiroshima et Nagasaki, l’atomique et désormais le nucléaire est l’arme ultime de la dissuasion. Qui oserait nous attaquer alors que l’on est capable de faire autant de dégât? Cela a d’ailleurs éviter un gros conflit entre l’URSS et les USA, en se contentant d’une guerre dit froide, même si, disons le, beaucoup de vies ont été brisées par cette guerre “froide”. Si ça a pu ainsi éviter un conflit armée frontal, c’est forcément génial. Et en effet, la dissuasion est importante. Toutefois, c’est ignorer le polymorphisme de la guerre que de se croire en sécurité pour autant. La guerre évolue sans cesse et quand on découvre de nouvelles défenses, de nouveaux types d’attaques apparaissent sans cesse et inversement. Je vais prendre l’exemple des avions. On a inventé les avions, on était alors capable de passer outre les murs et les barrières et d’attaquer ainsi les ennemies depuis le ciel. On a alors inventé les missile antiaérien (surface-air) qui visent à détruire les avions. On a alors équipé nos avions de missiles spéciaux dédiés à la destruction des canons antiaérien. Ce que je veux démontrer, c’est que dès qu’il y a un problème, la guerre évolue, prend un nouveau visage pour contourner nos défenses. Aujourd’hui, la menace nucléaire marche très bien lors de conflits étatiques, avec un territoire et un ennemi clairement défini. Du coup, on a moins de guerres interpays, même si, comme je l’ai rappelé, il y en aura toujours. Mais le nouveau fléau est le terrorisme et l’implication de différents pays dans le terrorisme. Puisque que les pays ne veulent plus (aussi dû à la pression populaire) aller en guerre, ils financent des groupuscules ou les arment pour se soulever contre les ennemis du pays. J’ai déjà parlé de l'opération Afghanistan où les États-Unis ont financé un groupe dirigé par un certain Ben Laden pour déstabiliser l’Afghanistan. La guerre est devenue indirecte, avec un ennemie caché au sein même de la population innocente, sans territoire clairement défini. Face à ce nouveau type de menaces, nos missiles nucléaires sont bien démunis. Mais cela n’a rien d’étonnant. On trouve toujours moyen de contourner une protection, la protection parfaite est illusoire. Ainsi, obtenir la paix par la seule présence d’arme nucléaire est utopique. Et pour tant, là encore, cela servit de prétexte pour réduire le nombre de personnes dans notre armée. Et ce fut une grosse erreur car désormais, pour débusquer les terroristes, faut une présence au sol et pour ça, bah faut des soldats, des espions mais aussi des ingénieurs, des mécaniciens, des démineurs, des personnes pour tenir le camp, etc. Bref, ça demande des Hommes. Donc ce n’est absolument pas une excuse pour réduire nos effectifs.

Enfin, autre point, l’Europe de la Défense. Les différents états européens se sont réunis dans une structure commune qu’est l’Union Européenne pour avoir une cohésion et cohérence entre les différents pays du continent. On a ainsi mené de nombreuses politiques communes. Et certains souhaitent que parmi les domaines communs se trouvent l’armée. Une armée européenne serait une armée beaucoup plus conséquente et surtout, cela permettrait de mutualiser le coût de celle-ci. Après tout, quand la France va au Mali pour éviter l’expansion de l’Islam radical pour éviter des perturbations en Nord Afrique, elle le fait pour son intérêt, car on a des bases là-bas, mais aussi dans l’intérêt d’autres pays européens. Ainsi pourquoi serait-elle la seule a en payé le coût? C’est une question tout à fait légitime (et je n’ai pas oublié, je reviendrai sur l’opération Serval). Alors sincèrement, l’Europe de la Défense, cela serait juste génial et les armées françaises y oeuvrent. Il y a beaucoup plus de cohésion militaire que dans d’autres politiques communes, il ne faut pas croire. Mais là où le bât blesse, c’est niveau politique et souveraineté. Aujourd’hui, l’Union Européen est un mastodonte. La logique expansionniste fait que l’on a désormais 28 pays au sein de celle-ci. Or, c’est 28 opinions et intérêts divers qu’il faut concilier pour faire bouger les choses. Et c’est parfois, compliqué. Reprenons le Mali, l’Afrique est important pour les anciens pays colonisateurs tel que l’Angleterre, la France mais aussi pour les pays frontaliers méditerranéens comme l’Italie, l’Espagne. La stabilité africaine est pour ceux-ci important. Mais pour les pays de l’Europe de l’Est comme la Pologne, l’Estonie ou la Hongrie, la menace vient plutôt de l’Est et donc de la Russie. On a des intérêts et des histoires très convergeantes et donc certains pays, comme la France, veulent pouvoir agir sans nécessité l’aval de tout le monde et être ainsi capable de défendre seul ses intérêts, ce qui lui assure son indépendance. Et beaucoup de pays pensent comme ça, notamment en Europe de l’Ouest. Il serait intéressant de commencer petit mais bien qu’un idéal, l’Europe de la Défense n’est pas prête d’être construite.

Toutes ses raisons ont poussé nos dirigeants à réduire l’armée d’autant que la pression économique s’intensifiait sur l’État. Néanmoins, j’ai tenté de démontrer, sans trop m’étaler car sinon cela prendrait des heures, que c’est des excuses fallacieuses et qu’au contraire, in fine, on a surtout besoin de notre armée. Bon, je me suis étendu sur les raisons de sa réduction et je voulais désormais m’atteler à ses problèmes intrinsèques et structurelles mais je me rend compte que l’article fait déjà 3 pages Word. Du coup, je vais peut-être faire cela dans un autre article et m’arrêter là pour celui-ci.

Le vote utile

2002, la France se prépare à voter pour la présidentielle d'avril. Après 5 ans de cohabitation, le président sortant, Jacques Chirac, officiellement investi par le RPR, et le premier ministre sortant, Lionel Jospin, officiellement investi par le PS, sont donnés comme favoris. Comme je l'ai déjà expliqué dans un précédent article dénonçant les dérives de notre système électoral, ce dernier favorise le bipartisme. Ainsi, tout le monde s'attend à un duel au sommet entre Jospin et Chirac. La presse se faisait écho du duel de titan à venir et tout deux menèrent une grande campagne. Je me souviens d'un journaliste qui proposait à Jospin différent scénarios et un d'eux était "et si vous n'étiez pas au second tour", ce à quoi Jospin avait répondu qu'il avait beaucoup d'imagination mais que cette dernière a quand même ses limites. Il était persuadé d'être qualifié au moins au second tour.

Et c'est compréhensible, il a le système avec lui. Ce dernier favorise le bipartisme car en votant pour un parti tiers (dont on peut être plus proche) mais qui est plus petit, on pénalise le plus grand candidat proche de nos valeurs et principes. Notre voix, bien qu'importante pour ce petit candidat, est "perdue" dans le sens où elle n'est valable qu'exclusivement pour ce petit candidat qui n'a, en théorie, aucune chance d'être élu. Elle se fait alors au détriment du "grand" candidat le plus près de notre tendance politique et favorise ainsi le camps opposé quel qu'il soit. De là est né le principe de vote utile. On est incité à ne plus voter pour le candidat qui nous est, dans l'absolu, le plus proche mais le grand candidat de la tendance qui nous est la plus proche. Qu'on soit clair, ceci est un fléau anti-démocratique. Je le dénonce mais pour l'heure, le système électoral est ainsi fait. Alors on a le second tour pour reporter nos voix sur les "grands" mais encore faut-il que ces derniers soient qualifiés. Or, contrairement aux législatives où au dessus d'un certain pourcentage, on est qualifié au second tour, donnant ainsi des seconds tours à trois voire quatre candidats, les présidentielles ne prennent que les deux meilleurs, point. Le vote utile est alors encore plus impératif.

Sauf qu'en 2002, les gens n'ont plus voté utile. Cela peut s'expliquer par plusieurs choses (une élection étant toujours complexe). Tout d'abord, la campagne médiatique pro-jospin qui le plaçait en grand vainqueur. En conséquence, certaines personnes se sont dit "je peux me permettre pour une fois de voter pour mes réelles convictions car de toute façon, il sera qualifié, ce n'est pas ma voix qui va changer quoi que ce soit" (sauf que si tout le monde se dit ça...). En outre, Jospin avait un programme assez proche de Chirac et on lui reprochait de ne pas avoir un programme assez socialiste. Ainsi des gens de gauches ont préféré voter pour d'autres candidats plus à gauche. Ainsi, en 2002, les "petits partis" ont eu de bons résultats comme Arlette Laguiller de "Lutte Ouvrière" avec 5.72%, Noël Mamère de "Les verts" avec 5,25 %, Olivier Besancenot de la "Ligue communiste révolutionnaire" avec 4,25 % ou encore Robert Hue du "Parti communiste" avec 3,37 % et pour le lol, Christiane Taubira du "Parti radical de gauche" avec 2,32 %. Sauf qu'à coup de 4/5% par ci par là, ils réduisent le pourcentage restant. La droite relativement unie derrière Chirac eu 19,88 % des voix et l'extrême droite est toujours unie derrière la figure de Jean-Marie Lepen avec 16,86 %. Finalement, avec l'éparpillement des voix de gauche, Lionel Jospin ne remporte que 16,18 %. Et c'est ainsi que le favori fut finalement écarté dès le premier tour de la fonction suprême. Au final, le fait qu'on le déclare favori l'a plus défavorisé qu'autre chose. Et c'est ainsi que le peuple de gauche a dû se résoudre à choisir entre Lepen et Chirac (ou ne pas voter ou voter blanc mais qui sont, à ce jour, sans incidence). Jospin n'a pas su mobiliser derrière sa candidature, il n'a en réalité pas su appeler les gens à voter utile. Alors évidemment, on ne le dit pas, on ne dit pas au gens "voter utile" car ça fait mauvais genre. On préfère diaboliser le camps opposé tel que "voter pour moi ou vous aurez un tel ou un tel après". Mais ne nous leurrons pas, on demande à voter utile. Tout simplement car sans ça, de grands partis peuvent s'écrouler (face à un autre grand parti opposé et jamais en faveur d'un petit parti de notre bord car sinon ça aurait pu être cool).

Marquez par cet événement inattendu, les partis se sont alors organisés pour endiguer cette situation. La réponse trouvée fut d'organiser des primaires en amont de l'élection officielle. L'idée est de réduire ainsi les candidatures divergentes mais proches en faisant une pré-sélection en interne afin de présenter un candidat porté par une tendance politique unie! Hélas, on n'est pas doué à ce jour. On l'a vu lors de la primaire socialiste de 2012, lors de la présidence de l'UMP, lors de la primaire socialiste et de droite de 2017. Lors des campagnes pour les primaires, on se met tellement sur la gueule qu'au final, il est relativement compliqué de nous rabibocher après. Alors on peut se mettre en mode "suiveur" car on a perdu mais on n'est pas aussi impliqué et uni que cela. Et au final, je juge que les primaires font plus de mal à notre famille politique que si c'était nommé. Ok, on sera frustré si notre poulain n'est pas choisi et on gueulera contre le président du parti et les instances dirigeante et d'investiture mais au moins, il n'y a pas cette campagne de guerre, de dénigrement, etc. Donc pour moi, les primaires, bien que créées en réponse au vote utile et à l'éparpillement des voix, ne sont absolument pas la solution.

Bien qu'une infamie, aujourd'hui, je ne peux qu'appeler à voter utile pour les élections de 2017. Je sais que Fillon a de nombreuses casseroles mais je ne vote pas pour un saint, je vote pour un programme. Et celui de François Fillon est celui qui me correspond le plus. Je peux être déçu par l'homme, mais il est hors de question pour moi d'aller me rabattre sur des petits partis comme Debout la France. J'ai toute la sympathie du monde pour Nicolas Dupont-Aignan mais voter pour lui, c'est retirer une voix à Fillon. Or le duel sera très serré pour le second tour et je ne veux pas pénaliser ma tendance politique. Me retrouver avec un duel Marine Lepen - Jean-Luc Mélenchon ou Marine Lepen - Emmanuelle Macron, très peu pour moi! Si la France continue encore 5 ans dans ces dérives, on ne s'en relèvera pas. Il faut des reformes profondes. Si vous avez des valeurs de droite, ne vous abstenez pas, ne votez pas pour un petit parti, votez pour le seul qui a les capacités d'être élu et qui est de votre bord. C'est le seul moyen pour que votre tendance politique soit représentée au second tour. C'est triste...mais le système est ainsi fait.

Et si l'Assemblée Nationale tombait?

L'Assemblée Nationale représente avec le Sénat le pouvoir législatif. Cela signifie qu'ils leur reviennent d'élaborer, proposer et voter des lois et de gérer le budget. En théorie, sans ce pouvoir, il n'y a pas de nouvelles lois car toute loi doit être votée par le Parlement. Il est possible, dans le cas des ordonnances, de mettre en application directement la loi sans attendre qu'elle soit votée mais quoiqu'il arrive, elle devra à un moment ou à un autre être votée par le Parlement. Au sein du Parlement, le dernier mot revient à l'Assemblée Nationale, qui représente les citoyens français (le Sénat représentant les collectivités locales).

Du coup, force est de constater que c'est une instance relativement importante. Que se passerait-il si cette dernière serait incapable de se réunir ou serait dissoute illégalement? Cela peut arriver. Imaginez que les parisiens se révoltent, ou bien qu'on se fasse envahir et que l'ennemi assiège Paris ou pire, un dictateur abuse de son pouvoir de président et dissout l'Assemblée plusieurs fois sans attendre la période légale prévue dans la loi ou bien qu'un coup d'État se déclenche. Les possibilités sont nombreuses. Alors tout d'un coup, tout l'appareil législative s'arrête? Plus aucune règle nationale ne peut se déclencher et seules les arrêtés des collectivités locales et les ordonnances permettraient de créer un peu d'ordre?

Heureusement, notre loi a prévu ce scénario et a prévu un plan d'action si cela devait arriver. Et il faut dire qu'elle l'a prévu de longue date car la Loi Tréveneuc date du 15 février 1872. Elle a été faite sous la IIIe République et contrairement à ce qu'on pourrait intuitivement croire, elle est toujours appliquée et appliquable. Pour remettre un peu de contexte, en 1870, une guerre éclate entre d'un côté le Second Empire français de Napoléon III et une coalition mené par la Prusse et composé d'États allemandes comme la confédération d'Allemagne du Nord, le royaume de Bavière et le Grand-Duché de Bade. Mais vous voulez connaître le pire? Le Pire?! On a perdu :triste: . Ils nous prendront l'Alsace et la Moselle en plus de détruire le Second Empire. Et vous savez pourquoi?! Parce qu'on n'était pas prêt! Et le comble est que c'est nous qui avions déclaré la guerre (car on ne voulait pas qu'un prince prussien soit en lice pour le trône d'Espagne et que la France se trouve prise en étau). Bref, comment cela s'est-il passé? On n'était pas de taille, la France n'a pas su mobiliser, ils ont assiégé Paris et l'ont surtout encerclé de sorte que plus rien ne sorte. Et du coup, toutes les provinces étaient séparées du pouvoir central et donc du commandement. Et cela joua en faveur de l'ennemi. Et l'on perdit.

Traumatisée par ce passif douloureux, l'Assemblée Nationale vote la loi Tréveneuc. Celle-ci prévoit qu'en cas de dissolution illégale de l'Assemblée Nationale ou d'impossibilité de se réunir, les conseils généraux (aujourd'hui, les conseils départementaux et métropolitains) doivent se saisir et se réunir au chef lieu du département ou, en cas d'impossibilité, dans n'importe quel lieu du département, pour désigner deux délégués en comité secret. Pour que cette élection soit valide, il faut que plus de la moitié du conseil soit présent. Ces deux délégués doivent alors rejoindre un lieu de regroupement avec les membres du gouvernement et les députés qui ont su s'échapper de Paris à temps. De là, une nouvelle assemblée nommée Assemblée des délégués se charge de reprendre le rôle de l'Assemblée Nationale. Le temps que cette assemblée des délégués se forme, les conseils départementaux et métropolitains ont tout pouvoir pour assurer l'ordre et le maintien de la tranquillité publique.

L'ensemble du corps d'État et donc l'ensemble des fonctionnaires et notamment les armées sont assujettis aux décisions de cette assemblée sous peine de forfaiture (et donc de trahison). Toutefois, dès que l'Assemblée Nationale pourra de nouveau être normalement constituée, l'assemblée des délégués se doit impérativement d'être dissoute au profit de l'authentique, de la seule et unique Assemblée Nationale. Si, au bout d'un mois, ce n'est toujours pas le cas, des élections départementales et métropolitaines doivent être organisé.

L'indifférence des gens à la politique

Je vous présente Timmy. Timmy est un enfant en apparence tout à fait normal. Il y a un père et une mère qu’il aime, il va à l’école et s’amuse bien avec ses copains. Il fait du bon travail et comme tout enfant, il profite de son insouciance pour s’imaginer monts et merveilles. Toutefois, lorsqu’il rentre chez lui, Timmy a toujours une petite boule au ventre. Il a peur de ce qui l’attend, de ce que l’avenir lui réserve. On lui a appris qu’on doit être reconnaissant avec ses parents car c’est eux qui lui fournissent tout ce dont il a besoin pour grandir, qu’il faut les aimer car ils sont là pour notre bien et savent ce qui est bon pour nous. Et oui, Timmy aime ses parents, c’est normal d’aimer ses parents. Cependant, le père de Timmy a parfois ses humeurs et cela retombe sur le pauvre enfant. Au début, il criait, il tentait de lutter mais peu importe ses paroles et ses gestes, malgré ses actions, il ne cessait de prendre des coups. Timmy tenta de trouver de l’aide en parlant à sa maman mais il ne reçut que des coups en retour. Peu importe le parent à qui il parlait, le pauvre Timmy ne faisait que se prendre des coups. Bien cela était passager. Chacun revenait toujours quelques temps après avec des promesses. Que ceci n’était qu’une écartade, que cela ne se reproduirait plus et qu’il ne souhaite que son bien. Timmy voulait y croire, mais des paroles ne suivirent les actes… Timmy finit par s’y habituer. Il ne pouvait quitter son foyer, ce n’était qu’un enfant et puis…il aimait sa maison. Tout comme il aimait ses parents et ce qu’ils représentaient pour lui. Dans sa chambre, blottie dans le noir, il se morfond et maudit ses parents, il gueule et les fustige mais ne fait rien de plus. Il se contenta de se plaindre dans son coin. Il ne résista plus aux coups de ses parents, il essuya leurs humeurs sans contester…Cela ne changeait rien de toute façon, que cela soit sa mère, son père, malgré leurs promesses, leurs belles paroles, de la joie d’une paix promise à la désillusion qui s’en suit, Timmy en était dégouté mais il ne se battit plus pour changer les choses. Il avait abandonné, à quoi bon après tout ? Timmy… Toi qui avais de si beaux idéaux, tu t’es résigné à subir en silence malgré les couleuvres qu’on te fait passer. Tu houspilles de ton côté, tu te plains auprès de tes amis, mais tu as renoncé…Tu courbes l’échine devant leurs autorités et tu te soumets à leurs humeurs. Timmy…Pourquoi ?

Cette petite histoire vous a-t-elle attristé et/ou révolté ? J’imagine que oui. Une telle situation est terrible et tragique. Que diriez-vous à Timmy ? Fuir son foyer ? C’est possible mais il aime bien chez lui. Demander de l’aide à autrui ? Il a bien des amis mais personne qui pourrait agir indépendamment sur ses parents et ses actions sont bien encadrées par ces derniers qui connaissent bien tous les adultes autour de Timmy. Se battre pour changer son destin ? Possible. Tenir en espérant que ça change avec le temps ou une prise de conscience soudaine? Autant attendre un miracle.

Le problème est que cette histoire est une analogie. Une analogie avec un Homme du peuple qui se fait saigner par des partis politiques à coups de taxes, d’impôts, de réglementations toujours plus restrictives. Peu importe l’alternance, l’homme du peuple se fait exploiter. On lui promet de belles choses et il veut y croire car il aime son pays. Mais malgré quelques efforts notables, ils restent déçus. Pourtant les politiques sont censés vouloir le bien du peuple qu’ils servent, ils sont là pour régir la société pour que tout se passe pour le mieux. Mais on lui en demande toujours plus, travaille Homme du peuple, travaille plus car les prix augmentent. Au début, cet Homme était idéaliste, il voulait changer le monde et défendre sa vision des choses. Il tenta de faire entendre sa voix, il manifesta, il écrivit à ses dirigeants mais rien ne changea. Il se sentit impuissant et bien que gueulant sur les politiques à l’heure des dîners avec sa famille et ses amis, ils ne faisaient rien de plus. Désespéré, ils s’étaient accoutumés à son impuissance et subit en silence l’autorité de l’État. Pourtant, il aime son pays et ne veut que son bien. Il voudrait que tout le monde ait du travail et soit heureux. Il a des idées et des convictions sur ce qui pourraient les amener à cela mais il a cessé de combattre pour elles, agacé que cela ne fasse en rien bouger les choses…

Je peux comprendre cette situation d’abattement. Voyons les solutions précitées. Attendre un miracle, le doux rêve de l’Homme présidentiel. L’attente peut durer longtemps. Fuir le pays, c’est possible mais il y a quand même pas mal de choses qui nous attachent à la France, ne serait-ce que nos amis et familles. Voir les juridictions compétentes…Elles sont toutes plus ou moins complices. Se battre pour essayer de changer les choses…techniquement, c’est la stratégie la plus viable. Et c’est exactement pour ça que je me suis engagé en politique. La politique, c’est s’occuper de la vie de la cité. C’est s’occuper du bien commun. Les personnes en charge actuellement ne vous plaisent pas ? Soyez heureux, contrairement à d’autre pays, on peut choisir ses dirigeants. Cependant ce choix vous semble plus être un choix entre un loup et un lion et vous ne trouvez pas d’éléments qui vous correspondent réellement ? Hé bien justement engagez-vous ! On a la chance dans ce pays de pouvoir faire entendre sa voix, saisissez là ! Les politiques vous ont déçu ? Engagez-vous ! Je ne vous dis pas de vous présenter, vous n’avez surement pas le temps et l’argent pour être candidat, mais de vous investir dans la vie politique. La politique, outre les élus, ce sont des tonnes d’hommes et femmes œuvrant chaque jour pour leurs convictions et qui pèsent de par leur union sur le débat politique.

La Fontaine disait « Toute puissance est faible à moins que d’être unie ». Justement plus on est nombreux à s’engager avec des idéaux similaires, plus nous aurons de poids pour pouvoir infléchir les décisions. C’est pour cela que je suis triste quand je me présente comme m’intéressant à la politique et qu’on me répond avec dépit ou dégout que cela ne sert qu’à emmerder les gens, que de toute façon c’est du pareil au même, que c’est un combat perdu d’avance… Non ! Rien n’est immuable. Et vous êtes tombé dans ce piège que le pouvoir a mis en place et qui était d’ailleurs dénoncé par Daniel Balavoine dans une chanson que j’écoutais récemment qu’est « Aimer est plus fort que d’être aimé » et qui dit, je cite, : « Ils voudraient sous la menace te fondre dans la masse pour t'étouffer ». Et c’est ce qui se passe. Les gens se sentent impuissants, insignifiants, noyés dans une masse informe. Et c’est vrai…Individuellement, on n’est pas d’un poids énorme. Mais c’est là que la citation de La Fontaine prend tout son sens. Ensemble, c’est tout autre. Ensemble, on peut réellement avoir un impact.

Il est très facile de dire de loin que les politiques, c’est le mal et le maux de tous nos problèmes. Que ce n’est qu’un panier de crabes venant traire les vaches à lait que nous sommes. Sauf que comme le disait Edmund Burke, « Pour que le mal triomphe seul suffit l'inaction des gens de bien ». Aujourd’hui, on voit des politiques avec plein de casseroles et de scandales…Mais c’est juste car il n’y a pas eu de gens de bien pour s’interposer. En délaissant la politique, on leur ouvre un boulevard. Si les gens de bien ne s’engagent pas, il ne faut pas être surpris de voir mal tourner notre système.

L’indifférence des gens vis-à-vis de la politique me désole mais plus que ça, c’est une des causes de notre système vérolé ! Ne soyez pas des Timmy ! Ne vous laissez plus dominer par un système dans lequel vous ne vous y identifiez plus et faites entendre votre voix. Il est important de s’engager dans la vie politique, c’est le garant et le pilier de la probité de nos élus et par induction, de notre système. Croyez-moi, ce n’est pas un domaine réservé aux élites, loin de là. Au contraire, les élites sont trop représentées, il faut du monde pour représenter le peule. Peu importe votre statut social, votre parti, investissez-vous pour le bien commun.

Pour ma part, je suis chez les Républicains. Cela ne veut pas dire que je suis d'accord avec tous ce que disent les Républicains. Comme tout parti, c'est hétéroclite, y a des centristes, des anciens RPR, des anciens UDF, des très à droite...Donc forcément, je ne suis pas à 100% à fond et aveuglement avec eux. Mais justement, si j'ai rejoint l'UMP à l'époque, c'est pour renforcer le courant dont je suis le plus proche pour qu'il pèse davantage en interne et donc ensuite sur la politique de notre pays. Et c'est important car sans ça, il n'évoluera pas.

Je terminerai par une petite anecdote de Jacques Gandouin, un préfet, qui rentrait en voiture dans un domaine d’un haut dignitaire dont le parc est traditionnellement fermé aux visiteurs. Un jardinier voyant cela gueula « C’est ça la démocratie et l’égalité ? Privilégié ! ». Ce à quoi répondit Gandouin par « Ma fonction de préfet m’accorde des privilèges en effet. De par ma fonction, je peux faire des choses que vous ne pouvez pas. Mais la démocratie et l’égalité est que tout le monde, vous compris, peut devenir préfet s'il s'investit suffisamment pour cette cause ».

Faut-il payer les professeurs au mérite?

J'ai lu récemment un article qui prônait un système de prime pour les professeurs en fonction de la réussite de leur élève. L'idée défendue par l'article est simple, au lieu d'augmenter les salaires par l'ancienneté et la formation qui n'auraient selon l'article pas d'impacts significatifs sur la réussite des élèves, il faudrait installer une rémunération incitative. En somme, on fait comme dans toutes entreprises lambdas, on veut motiver ses salariés, on y met un système de prime. S'ils font du bon boulot alors ils sont récompensés d'une prime, sinon, ils resteront avec leurs paies de base. D'après l'étude de l'institut Fraser qui comparent différents pays avec ce système de rémunération à d'autres plus conventionnels, c'est plus efficace et également plus rentable que baisse la taille des classes ou augmenter le financement des établissements. Alors, payer les professeurs au mérite serait-il la panacée dont à besoin notre système scolaire pour remonter son taux de réussite?

C'est beau le capitalisme. Et je suis généralement pour quand il s'agit d'entreprises. Mais voyez-vous, l'école n'est pas une organisation traditionnelle. Le système de prime est efficace, en effet, pour stimuler la motivation des employés. C'est un message clair qui leur dit de travailler davantage ou de manière plus efficiente pour être récompenser. Mais cela est exacte que lorsque cela ne dépend que de son travail, sinon cela est au combien injuste. Lorsqu'un commercial a une commission à chaque vente qu'il conclut, le nombre de vente dépend entièrement de lui. Lorsqu'un ouvrier doit atteindre un objectif de production, le nombre d'objet fabriqué dépend de lui. Mais lorsqu'un professeur donne un cours, les résultats ne dépendent pas uniquement de lui. Bien sûr, il a une part de responsabilité et a un impact significatif. Ainsi, un bon professeur saura intéresser les élèves, vulgariser et rendre accessible son programme à n'importe quel élève. Mais il serait bien ignorant de dire que la réussite d'un élève ne dépend que de cela. Il y a le milieu de travail (tous les établissements n'ont pas forcément les mêmes aménités et matériels), le milieu de vie de l'élève (il a été montré que quand les parents sont investis de manière active dans l'éducation de leurs enfants, les connaissances sont mieux assimilés ou encore, s'il a accès à Internet, des centres culturels comme les bibliothèques et bien d'autres), de l'élève lui-même (s'il n'a pas envie de faire d'efforts, on aura beau tout faire pour l'aider, il n'avancera pas) et puis de la difficulté de l'examen final (on a beau dire qu'ils sont de niveau équivalent, il y a toujours des disparités d'une année sur l'autre). Cela fait beaucoup de facteurs exogènes. Ainsi, rémunérer en partie un enseignant pour des éléments qui ne dépendent pas de lui, c'est plutôt injuste. D'autant que cela va être source d'inégalité. Combien de gens m'ont sorti qu'ils n'aimaient pas les mathématiques simplement car ils ont eu de mauvais professeurs...

En effet, on sait très bien qu'il y a des endroits ou des établissements dits "difficiles" et d'autres dits "élitistes". Il y aura toujours des écoles qui réussiront mieux que d'autres pour divers raisons, notamment la disparité sociale. Ainsi pour un même travail, un professeur d'une école d'excellence sera davantage récompensé qu'un professeur de ZEP, ces Zones d'Éducation Prioritaires car difficiles. Et quid des sections d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) et des classes pour l'inclusion scolaire (CLIS)? Pour ceux qui ne connaissent pas les SEGPA sont des classes pour élèves en difficultés graves et durables et les CLIS sont des classes pour des handicapés. Les professeurs vont naturellement fuir ces établissements pour des établissement plus propices. Alors vous allez me dire qu'on pourrait faire des exceptions pour eux, genre une prime de difficulté. Mais là encore, cela serait injuste car il y a aussi des classes hors ZEP qui sont difficiles.

Le grand flou est également comment va-t-on évaluer les professeurs. Car toutes les classes n'ont pas un examen en fin d'année. Il faudrait instaurer un partiel de fin d'année pour chaque classe. Mais qui va le faire ce sujet de partiel? Cela ne peut décemment pas être le professeur car sinon, il va faire un contrôle simple, les élèves vont réussir haut la main et il récolte la prime. Des collègues de la même profession? C'est une corporation très soudée le corps professorale. Je n'ai guère confiance en des confrères pour faire un sujet objectivement sachant que cela jouera sur la paie de leur collègue. De même, il y aura des disparités entre les établissements. Non, il faudrait un sujet national réalisé par des professeurs externes et neutres du rectorat. Mais quand on voit combien coûte le BAC, pas sûr que l'État accepte pour un examen pour chaque année.

Alors là, vous allez me sortir un argument que j'ai déjà sorti, quand on parle de l'éducation de nos enfants, l'argent ne devrait pas être un critère prédominant. Exact, et je ne le renierai pas. Mais justement, je suis pour qu'on sorte l'argent des réflexions sur l'éducation de nos petites têtes blondes. Ainsi, un professeur qui ferait un cours intéressant uniquement dans un but mercantile... éthiquement cela me chagrine. N'y a-t-il que moi? Je suis d'accord, il faut qu'ils vivent et paient ses frais. Mais je paie déjà à la base pour un cour de qualité, je ne veux pas que la qualité et la réussite soient en supplément. Faire du progrès des élèves une finalité financière, cela me gêne. On parle de l'instruction de nos enfants.

Bref, je pense que vous avez deviné que je suis contre cette proposition avancée par cette étude canadienne. Notre système scolaire va mal et il faut le réformer, je suis d'accord. Mais la rémunération des professeurs au mérite n'est pas une solution selon moi.

Il faut surmonter dialectiquement nos altérités réciproques

Mais qu’est-ce donc que ce titre alambiqué ? C’est une citation d’Hegel, un philosophe allemand, que Acadomia avait repris lors d’une campagne de pub. Vous avez sans doute pu la voir dans un métro ou bus. La volonté de la pub était volontairement d’être pédant pour que vous n’y comprenez rien et qu’on vous fasse comprendre que vous avez besoin de cours. Je vous propose néanmoins, et gratuitement, de disséquer un peu cette phrase. Commençons par l’altérité. On reconnait ici le préfixe alter- comme dans alter-égo, altermondialiste…, on peut donc en conclure que ça a un lien avec « autre ». Et vous auriez raison, l’altérité est un concept philosophique désignant tout ce qui est autre, ce qui n’est pas dans notre vision des choses, dans notre vision du monde, ce qu’on appelle plus communément notre paradigme. Les altérités, c’est donc tout ce qui sort du cadre, qui ne va pas dans notre sens. Pour vulgariser, je peux dire que c’est tout ce qui nous est différent. Donc lorsqu’on parle d’altérités réciproques, on veut dire que chacun de nous à une vision différente des choses et on va aboutir à des avis, valeurs, positions divergentes. Et c’est cette divergence d’opinions qu’il va falloir surmonter mais pas n’importe comment, dialectiquement. La dialectique est une pratique philosophique très prisée durant la Grèce Antique. C’est l’art de dialoguer avec des personnes d’avis opposés afin justement d’affiner sa propre pensée et en tirer le meilleur de cette confrontation d’idées. Cela rejoint le triptyque « thèse – antithèse – synthèse ». On a notre propre position, c’est notre thèse. On va alors débattre avec une personne avec un avis différent et va donc nous fournir l’antithèse. De là, il va falloir en tirer le meilleur pour pouvoir s’élever et avec une opinion plus précise, améliorée. C'est d'ailleurs cette dernière phase qui la distingue du débat, le but n'est pas à tout prix de convaincre l'autre mais de tirer des enseignements de ce dernier pour affiner sa propre position. C’est en confrontant deux visions différentes qu’on voit la tangibilité de nos choix et ce qu’il faut creuser au besoin. Cela permet également de soulever des points auxquels on n’aurait pas pensé autrement. Ce n’est pas qu’on est bête mais simplement qu’on a, justement, une expérience et un paradigme différents, ainsi, on ne pense pas toujours à tout. Cette phrase d'Hegel traduit donc la nécessité de surmonter nos différences pour en tirer le meilleur et, en conclusion, grandir.

Pourquoi je parle de ça? Récemment, j'ai posté sur mon Facebook politique une message faisant suite au second débat présidentiel et sur un certain candidat notamment. Des gens du bord opposé au mien ont alors exprimé leur désaccord. J'ai alors tenté d'expliquer mon raisonnement et ma pensée plus en détail. Mais je peux généraliser sur l'entièreté de ma page où, in fine, j'ai surtout des commentaires contestataires. Des amis plus proches de mes idées me demandent alors pourquoi je conserve ces personnes? Pourquoi je m'évertue encore et toujours à leur répondre alors qu'ils ne changeront pas? Pourquoi ne les virais-je pas de ma page pour pouvoir être en paix? La réponse réside dans cette citation de Hegel. C'est par l'apport de l'autre et surtout de ceux qui nous sont opposés que l'on grandit. C'est très bien de se sentir soutenu mais globalement, ça n'apporte rien. D'ailleurs, la plupart de ces personnes se contentent de mettre des likes plutôt que de mettre un commentaire avec des arguments complémentaires ou rebondir sur une chose qu'on a dite. Alors que les contestataires, eux, ce sont les premiers à réagir avec plus ou moins de véhémence. Ils vous challengent. Ils décident de confronter votre pensées par la leur. Cela se trouve, ils vont me prouver, par la solidité de leurs arguments et la cohérence de leur raisonnement, que j'ai tort sur un point. Ils auront alors "gagné" et réussi à me convaincre. Mais je n'ai pas perdu la bataille, il n'y a pas de perdant si on est capable de faire de la dialectique. Je me suis enrichi de cette discussion. Elle m'a apporté un complément. Alors bien sûr, sur le moment, ça peut faire mal. On se dit "ha il est chiant avec ses théories communistes/frontistes/centristes/gauchistes/droitards". Mais objectivement, c'est surtout eux qui nous pousse le plus à réfléchir, à se positionner davantage, à remettre en perspective ce que l'on croit. C'est en se mettant constamment en question, en nous poussant dans nos retranchements qu'on tend le plus vers l'objectivité.

J'entends beaucoup parler de tolérance, de vivre ensemble de part et d'autres. Je trouve hélas que ces mots ont perdu de leur substance. C'est devenu "supporter leur présence", ils sont là, on ne va pas les emmerder mais on ne se mêle pas plus. On "fait avec". Mais ce n'est pas ça le vivre ensemble, ce n'est pas ça la tolérance. C'est accepter l'autre, c'est s'enrichir de ses différences et l'enrichir également. Lorsqu'on est en entreprise, je me moque bien de la religion de mon collègue. On œuvre ensemble pour réaliser notre travail. Hé bien, ici, c'est pareil. On a des avis différents mais on échange et on s'apporte mutuellement pour atteindre un idéal, pour toucher du doigt la vérité. Car foncièrement, on n'est pas si différent que ça, on cherche tout à vivre dans un monde meilleur où l'on pourrait y être heureux. La manière d'y atteindre est différente mais l'objectif final est le même. Ce n'est donc qu'en surmontant nos altérités réciproques qu'on pourra s'élever.

Alors, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. J'adore être avec des personnes de mon bord. Je passe d'excellents moments avec eux et ça, rien ne le remplacera. Ce sont mes amis. Et ils m'apportent aussi énormément quand je discute profondément avec eux. On peut se donner des arguments, des exemples, des idées, parler de notre vécu et de nos expériences. On est là quand ça va mal, on s'entraide, solidaire. Moi, plutôt qu'un like de soutien, quand je vois qu'un ami se fait lyncher à cause d'un de ses propos, je lui montre mon soutien et apporte ma pierre au débat pour montrer les raisons qui l'on amené à dire ça. On explique, on fait de la sensibilisation, on débat. Les réunions politiques servent notamment à ça. La personne explique sa position et ses choix, pourquoi il a fait ça, pourquoi il lutte. En outre, je reste relativement convaincu de mes valeurs et bien qu'ouvert à la discussion, je reste sur un certain noyau dur, un socle de repères qui me sera très difficile de récuser. Mais je ne suis pas dans le rejet de l'autre.

Une chose que je trouve nocif aujourd'hui en politique est la polarisation de celles-ci. Il y a maintenant des chasses gardés. Des positions dites "de droite" et d'autres "de gauche". Je pourrai très bien l'expliquer mais Science4All a déjà fait une excellente vidéo que je vous invite à regarder UIQki2ETZhY

On tend alors vers deux camps de plus en plus marqués, divisés et avec une vision de l'autre de plus en plus délétère. On se dirige vers un schisme politique et idéologique de plus en plus important. C'est regrettable sachant qu'on est amené à vivre tous ensemble. C'est en rejetant les gens comme on a tendance à le faire désormais et en vivant "entre soi" comme le pousse les sites comme Google, Facebook, etc, en favorisant des résultats proches de notre vision, qu'on se marginalise, qu'on se radicalise et ce n'est bon pour personne. Donc ami lecteur, vous pourrez continuer à "critiquer" au bon sens du terme (si c'est un reproche stérile, continuez à vous abstenir^^).

Notre système électoral est-il bon?

Notre système électoral pour les présidentielles et les législatives, soit les deux élections les plus importantes pour le fonctionnement de l’État, est assez simple et dérive du système « First Past The Post » à la subtilité qu’il s’exécute en deux tours. Il fonctionne comme sui, chaque personne n’a qu’une seule et unique voix qu’elle ne peut donc donner qu’à un seul candidat et celui qui a le plus de voix remporte l’élection. Il y a toutefois deux tours où les conditions varient pour être sélectionné au second tour. Pour les présidentielles, c’est les deux meilleurs, point. Et les législatives, il faut atteindre un certain pourcentage. Si on a déjà la majorité absolue au premier tour (plus de 50% des voix), alors on est directement élu sans second tour. Ce système s’appelle le scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Il est simple, logique et juste…n’est-ce pas ?

Hé bien en réalité, pas du tout. Personnellement, je suis contre ce système de vote et je vais vous expliquer pourquoi. Pour cela, on va imaginer une situation comme ci-dessous au premier tour (ceci est de la fiction, je ne vise aucun pays ou parti, soyons clair) :

- L’extrême gauche : 9%
- Divers gauche : 18%
- Gauche : 19%
- Centre : 13%
- Droite : 20%
- Divers droite : 15%
- Extrême droite : 6%

En second tour, les vainqueurs seront soit la gauche, soit la droite. Cela pose déjà un problème car bien que les gens se sont rabattus sur ces candidats au second tour, in fine, cette personne est élue alors que 80% des personnes n’ont pas voté pour elle. La minorité domine. Ce fut le cas au Venezuela par exemple où, en 1993, Rafael Caldera fut élu président avec 30,5% des voix exprimés. Mais ça, j’ai envie de dire, ce n’est pas le pire.

Là où c’est plus embêtant, c’est que cela amène irrémédiablement à un système à deux partis comme c’est le cas actuellement en France avec le parti socialiste et les républicains. Et c’est normal. Car au fil des élections, c’est eux qui l’emportent avec ce système. Donc petit à petit, les électeurs de partis minoritaires s’effritent pour voter « utile », aussi appelé le « spoiler effect ». Ainsi les extrêmes n’aiment vraiment pas l’autre côté (droite ou gauche). Ainsi pour éviter de les faire élire, ils vont plutôt voter pour celui qui a le plus de chance d’être élu. Ainsi, on vote pour le moins pire et non plus pour ce qu’on souhaite afin d’éviter que celui qu’on déteste l’emporte. Du fait qu’on ait qu’une voix, les candidats divers ne font qu’amoindrir en réalité la branche du courant principal. Le stock de voix qui est proche de la droite, par exemple, aurait pu lui permettre de passer devant la gauche. Heureusement, le second tour permet ce report mais ça ne change rien au fait que les petit-partis sont défavorisés par le « vote utile ». Pour un parti divers droite, pour faire gagner la droite, il ne devrait pas se présenter pour éviter de diviser les voix…c’est stupide. Les courants de droite et de gauche consolidés par cela font que c’est les deux grands vainqueurs, le centre perd naturellement et doit donc se répartir au second tour entre les deux. Vous pouvez dire « fuck le système, votez le 3e parti ». In fine, vous ne ferez que favoriser le parti adverse. Ce n’est pas de votre faute, c’est le système qui est comme ça. Donnez-lui suffisamment de temps et il deviendra un système bipartisme.

Enfin, ce n’est pas un système respectant le critère Condorcet. C’est une incohérence soulevée au XVIIIe siècle par un mathématicien français, Nicolas de Condorcet. On a un gagnant Condorcet lorsqu’on choisit une personne qui deux à deux vainc un maximum de candidats. Je m’explique en reprenant l’exemple de Wikipédia :

Sur 21 électeurs, voici leurs choix (par ordre de préférence)
7 électeurs choisissent : A puis C puis B ;
8 électeurs choisissent : B puis C puis A ;
6 électeurs choisissent : C puis A puis B.

Dans ce système, le candidat C est éliminé dès le premier tour alors qu'il aurait gagné son duel contre A (A : 7 et C : 14 si B n’existait pas) et son duel contre B (B : 8 et C : 13 si A n’existait pas).

« Ok, Yann, t’es mignon et je vois que tu te complais dans ton rôle d’opposition. Tu critiques bien et c’est vrai que ce n’est pas l’idéal. Mais est-ce que tu as mieux ? Car pour citer Churchill : « La démocratie est le pire des régimes - à l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé ». Là, c’est un peu pareil. Tu souligne les erreurs mais y a-t-il mieux ? »

Tout d’abord, merci de dire que je suis mignon. Hé sinon, oui, j’ai des alternatives à proposer. Je tiens juste à préciser que je ne vais parler dans cet article que du système de décomptes des votes. Il y a bien des choses à changer comme la reconnaissance du vote blanc ou le gerrymandering (découpage électoral). Mais ça fera l’objet d’autres articles dédiés tant c’est un vaste sujet.

Globalement, faut arrêter le fait d’avoir une seule voix. C’est ce qui cause le vote utile. On ne doit pas gaspiller notre voix et ce qui tue les petits partis, car on préfère la donner à ceux qui ont des chances de gagner. Comment faire alors ? Plutôt que de voter pour un candidat, il faut simplement voter pour tous les candidats. Une des solutions que je propose est tout simplement d’établir une liste de préférence. Ainsi, une personne d’extrême droite mettrait ce parti en première position, puis la droite en 2e puis divers droites en 3e puis le centre en 4e, la divers gauche en 5e, la gauche en 6e et enfin l’extrême gauche en 7e. Ici, on ne vote plus pour un seul parti. J’ordonne simplement les partis en fonction de mes affinités avec eux. Évidemment pour l’exemple, j’ai pris des partis mais cela marche aussi avec des candidats. Du coup, au dépouillement, on prend les premiers choix de chacun. Si personne n’a 50% alors on va éliminer celui qui a le moins de voix. On prend alors le tas des personnes ayant voté pour ce parti et on les répartit en fonction de leur second choix. Et on continue ainsi jusqu’à ce qu’un parti arrive à 50%. En agissant de cette manière, lorsqu’on vote pour un parti, on ne défavorise plus le parti de la tendance la plus proche qui aurait plus de chances de gagner. On ne divise plus les votes car une fois notre candidat éliminé, notre vote se rabat sur celui d’après dans notre liste de préférence. On ne gaspille donc plus notre voix lorsqu’on vote pour un mini-parti dont on est plus proche. Ainsi ça permettra d’avoir beaucoup plus de places pour les partis autre que les deux grands, ça leur permettrait réellement de voir combien ils pèsent (en regardant le premier tour du dépouillement) et donc de peser plus de poids face aux gros dans la défense de leurs idées (et donc des vôtres). Enfin, ça arrêtera le vote utile causé par le bipartisme. Mais est-ce la panacée ? Non, car bien que ce système soit plus juste, il est aussi plus chiant. En effet, le dépouillement doit, du coup, être itératif. On fait un premier dépouillement, on prend celui qui a le moins de voix, on l’élimine et on reporte les votes et on continue jusqu’à ce qu’on ait un candidat à 50%. Cela peut être long et rébarbatif sur des milliers de bulletins et sachant qu’on a déjà du mal à trouver des dépouilleurs… En outre, ce système ne respecte pas non plus le critère Condorcet car votre liste de préférences n’intervient que lors de l’élimination de votre candidat pour voir le report de votre voix. Mais en dehors de ça, votre ordonnancement n’a que peu d’importance dans le sens où ça ne pénalisera pas celui que vous mettez en dernier par exemple.

Alors je propose un autre système encore. On vote encore pour tous les candidats mais non plus juste « oui » / « non » mais avec une échelle de valeur du type -2 ; -1 ; 0 ; 1 ; 2. Le but va être d’entourer l’affinité qu’on a avec le candidat. 2, c’est « J’aime vraiment beaucoup le candidat », 1 pour « ça va, je l’aime bien », 0 pour « pas d’avis particulier, -1 pour « je ne l’aime pas » et -2 pour un « je ne l’aime pas du tout. Ainsi pour dépouiller, on prend juste tous les bulletins et on additionne la valeur courante du candidat (initialement 0) avec les valeurs du bulletin. Ainsi rien ne nous empêche de soutenir des petits candidats car ce n’est pas exclusif. On peut mettre 2 à la droite et à la divers droite par exemple. Cela permettrait de voir qu’elles sont les candidats vraiment appréciés des gens et non plus les votes stratégiques / utiles. Le dépouillement se fait en un tour et assez simplement car se compose juste d’addition. Et puis, voilà enfin un système respectant le critère Condorcet. En effet, comme vous jugez l’ensemble des candidats avec une note, sa position relative à tous les autres est prise en compte. On regarde au global s’il est apprécié ou pas. On ne se contente plus de ne regarder que les premiers. On va donc prendre le candidat qui a le plus de « sympathie » mais aussi le moins clivant. En effet, si on met en dernier un parti, cela va avoir un impact sur ce dernier car ça va lui faire perdre deux points. Donc ici, l’entièreté de vos préférences est prise en compte pour sortir le meilleur candidat ou du moins, celui qui fait le meilleur compromis.

J’aime beaucoup ce dernier système de vote et je me demande pourquoi on ne l’a pas encore imposé. Il faut dire que les habitudes ont la vie dure mais c’est pourtant du bon sens. L’uninominal engendre le vote utile qui est une calamité pour la démocratie mais qui est un impératif dans le système actuel. Moi je suis pour la pluralité des partis, pour que voter pour un parti plus modeste n’impacte pas ma tendance politique globale. Alors évidemment, ce n’est pas tout, il y a de grands chantiers à mener sur la reconnaissance du vote blanc et le gerrymandering mais ça sera pour une autre fois.

L'utilité du Sénat

Aujourd'hui, c'est les élections sénatoriales. J'ai déjà fait un article sur l'élection sénatoriale et je ne tiens pas à me répéter. Ainsi, c'est une autre question que je souhaite aborder ici. En effet, le Sénat est de plus en plus décrié. Depuis l'affaire Dassault, où le Sénat a refusé la levée de l'immunité parlementaire de ce dernier, on a vu fleuri dans la presse des gens s'interroger de l'utilité du Sénat et à savoir si on ne pourrait pas s'en passer. On présente le Sénat comme une assemblée de vieux croulant profitant de l'argent du contribuable. Je ne suis pas de cet avis là et je vous propose de voir ensemble à quoi sert le Sénat.

Savez-vous ce qu'est le bicamérisme? C'est une organisation politique où le pouvoir législative qu'est en France notre Parlement, est divisé en 2. Il y a la chambre basse et la chambre haute. Le but est qu'il n'y ait pas qu'un seul et unique décideur et qu'on dispose ainsi au moins une seconde lecture avant d'adopter une loi. Sur la carte ci-dessous, vous trouverez les pays bicaméristes (en bleu) et monocaméristes (en orange).

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Notons qu'il y a plus de bicamérisme qui est surtout présent dans des pays démocratiques que de monocamérisme. En effet, il est toujours dans l'intérêt de la Nation d'avoir deux instances pour discuter des textes, y apporter des corrections via des amendements. D'autant que les conditions de vote des lois ne sont pas les mêmes. Les sénateurs ont souvent plus de temps pour étudier un projet de loi et sont surtout moins exposés médiatiquement par rapport aux députés. Le Sénat agit alors comme une soupape de décompression. Alors que les lois peuvent être voté à chaud et sur le coup émotionnel d'événement tiers à l'Assemblée, le Sénat peut et doit même prendre justement plus de recul et de temps. Temporiser pour laisser s'écouler la pression, l'émotion et prendre une décision plus objective sur un texte. Le Sénat est là pour calmer les choses et avoir un débat plus calme et moins enflammé que ceux que l'on peut voir à l'Assemblée Nationale.

Maintenant, on peut s'interroger pourquoi le Sénat est moins exposé et sur le devant médiatique que l'Assemblée Nationale. Le bicamérisme prévoit de diviser la décision en deux instances mais pas nécessairement que ces deux instances aient un pouvoir égal. En théorie et très souvent en pratique, pour qu'une loi soit appliquée, le texte doit avoir été validé par les deux chambres de manière identique. Ainsi, si le Sénat vote un amendement, le texte retourne ensuite à l'Assemblée et vice-versa. Et c'est seulement quand les deux chambres votent le texte sans y apporter la moindre modification que la loi est promulguée. Or, l'article 45 de la Constitution prévoit qu'en cas de différend entre les deux chambres, le gouvernement (et seulement lui) peut demander l'organisation d'une commission mixte (composée de députés et de sénateur donc) pour établir un texte qui sera proposé sans possibilité d'amender (sauf accord du gouvernement). S'il y a toujours désaccord, comprendre un accord et un refus, alors le gouvernement peut demander à l'Assemblée de statuer définitivement. Autrement dit, malgré toute la résistance que le Sénat peut faire, c'est la décision de l'Assemblée Nationale qui prévaudra. C'est pour cela que le monde médiatique se focalise sur l'Assemblée Nationale et délaisse le Sénat. Cette règle n'est pas mauvaise en soi car elle permet d'éviter un va-et-vient éternel de la loi quand une chambre a décidé de faire obstruction. Cependant peut-on pour autant dire que le Sénat est inutile si sa voix ne porte pas? Non, tout d'abord car c'est une procédure plutôt longue et lourde à mettre en place, ne pouvant être initiée que par le gouvernement et qu'il est préférable de laisser les deux chambres se mettre d'accord. Ainsi cette disposition est peu mise en pratique. Et même si elle ne peut pas refuser un texte indéfiniment, elle peut malgré tout l'amender et donc y apporter des modifications correctives salutaires qui seront amenées à être votées par l'Assemblée Nationale. Le but est d'éviter que le projet ou proposition de loi passe direct mais soit le fruit de négociations entre deux parties.

J'aimerai également rappeler qui sont les administrés de l'État, c'est-à-dire ceux qui dépendent et qui méritent donc d'être représentés. Il y a bien entendu le peuple. L'article 3 de la Constitution énonce que la Souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants. Ainsi le peuple est représenté par l'Assemblée Nationale dont les membres sont élus directement par le peuple. Mais en fait, il n'y a pas que le peuple qui dépend de l'État. Il y a également les collectivités locales. Car oui, les collectivités locales, que cela soit les régions, les départements ou les communes, sont indépendantes de l'État. Elles en dépendent car c'est l'État qui définisse leurs missions, leurs dotations, etc mais ne sont pas l'État. Ainsi, comme l'État a un fort impact, il parait logique et légitime qu'ils soient représentés dans l'organisation de l'État. C'est le Sénat qui joue ce rôle en témoigne l'article 24 de la Constitution.

Rappelons également que l'Assemblée Nationale est un peu assujettie au président. En effet, le président peut dissoudre l'Assemblée Nationale alors qu'il ne peut pas dissoudre le Sénat. Le Sénat représente ici la stabilité. Lors de crise, le Sénat reste fidèle au poste. Il incarne la continuité de l'État et de ses institutions. Cela se voit notamment lors de la vacance de la présidence. En cas de vacance du président, c'est le président du Sénat qui gère les affaires courantes et l'intendance. Il n'a juste pas le droit de dissolution et de référendum qui reste les prérogatives du président en titre comme l'énonce l'article 7 de la Constitution. C'est ainsi qu'Alain Poher devient président par interim suite à la démission de De Gaulle et du décès de Pompidou. En ce sens, c'est presque un vice-président. Toutefois, bien qu'on entend souvent parler du président du Sénat comme le deuxième homme de la République, d'après l'ordre de préséance, il n'est en réalité que le 3e.

Tout cela pour dire que le Sénat est important tant pour le bicamérisme que la représentation des collectivités locales que la continuité de l'État. Ainsi, non, le Sénat ne sert pas à rien. Alors laissez le prospérer.