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Il faut surmonter dialectiquement nos altérités réciproques

10 Apr

2017

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Écrit Par  Yann Bidon
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Il faut surmonter dialectiquement nos altérités réciproques

Mais qu’est-ce donc que ce titre alambiqué ? C’est une citation d’Hegel, un philosophe allemand, que Acadomia avait repris lors d’une campagne de pub. Vous avez sans doute pu la voir dans un métro ou bus. La volonté de la pub était volontairement d’être pédant pour que vous n’y comprenez rien et qu’on vous fasse comprendre que vous avez besoin de cours. Je vous propose néanmoins, et gratuitement, de disséquer un peu cette phrase. Commençons par l’altérité. On reconnait ici le préfixe alter- comme dans alter-égo, altermondialiste…, on peut donc en conclure que ça a un lien avec « autre ». Et vous auriez raison, l’altérité est un concept philosophique désignant tout ce qui est autre, ce qui n’est pas dans notre vision des choses, dans notre vision du monde, ce qu’on appelle plus communément notre paradigme. Les altérités, c’est donc tout ce qui sort du cadre, qui ne va pas dans notre sens. Pour vulgariser, je peux dire que c’est tout ce qui nous est différent. Donc lorsqu’on parle d’altérités réciproques, on veut dire que chacun de nous à une vision différente des choses et on va aboutir à des avis, valeurs, positions divergentes. Et c’est cette divergence d’opinions qu’il va falloir surmonter mais pas n’importe comment, dialectiquement. La dialectique est une pratique philosophique très prisée durant la Grèce Antique. C’est l’art de dialoguer avec des personnes d’avis opposés afin justement d’affiner sa propre pensée et en tirer le meilleur de cette confrontation d’idées. Cela rejoint le triptyque « thèse – antithèse – synthèse ». On a notre propre position, c’est notre thèse. On va alors débattre avec une personne avec un avis différent et va donc nous fournir l’antithèse. De là, il va falloir en tirer le meilleur pour pouvoir s’élever et avec une opinion plus précise, améliorée. C'est d'ailleurs cette dernière phase qui la distingue du débat, le but n'est pas à tout prix de convaincre l'autre mais de tirer des enseignements de ce dernier pour affiner sa propre position. C’est en confrontant deux visions différentes qu’on voit la tangibilité de nos choix et ce qu’il faut creuser au besoin. Cela permet également de soulever des points auxquels on n’aurait pas pensé autrement. Ce n’est pas qu’on est bête mais simplement qu’on a, justement, une expérience et un paradigme différents, ainsi, on ne pense pas toujours à tout. Cette phrase d'Hegel traduit donc la nécessité de surmonter nos différences pour en tirer le meilleur et, en conclusion, grandir.

Pourquoi je parle de ça? Récemment, j'ai posté sur mon Facebook politique une message faisant suite au second débat présidentiel et sur un certain candidat notamment. Des gens du bord opposé au mien ont alors exprimé leur désaccord. J'ai alors tenté d'expliquer mon raisonnement et ma pensée plus en détail. Mais je peux généraliser sur l'entièreté de ma page où, in fine, j'ai surtout des commentaires contestataires. Des amis plus proches de mes idées me demandent alors pourquoi je conserve ces personnes? Pourquoi je m'évertue encore et toujours à leur répondre alors qu'ils ne changeront pas? Pourquoi ne les virais-je pas de ma page pour pouvoir être en paix? La réponse réside dans cette citation de Hegel. C'est par l'apport de l'autre et surtout de ceux qui nous sont opposés que l'on grandit. C'est très bien de se sentir soutenu mais globalement, ça n'apporte rien. D'ailleurs, la plupart de ces personnes se contentent de mettre des likes plutôt que de mettre un commentaire avec des arguments complémentaires ou rebondir sur une chose qu'on a dite. Alors que les contestataires, eux, ce sont les premiers à réagir avec plus ou moins de véhémence. Ils vous challengent. Ils décident de confronter votre pensées par la leur. Cela se trouve, ils vont me prouver, par la solidité de leurs arguments et la cohérence de leur raisonnement, que j'ai tort sur un point. Ils auront alors "gagné" et réussi à me convaincre. Mais je n'ai pas perdu la bataille, il n'y a pas de perdant si on est capable de faire de la dialectique. Je me suis enrichi de cette discussion. Elle m'a apporté un complément. Alors bien sûr, sur le moment, ça peut faire mal. On se dit "ha il est chiant avec ses théories communistes/frontistes/centristes/gauchistes/droitards". Mais objectivement, c'est surtout eux qui nous pousse le plus à réfléchir, à se positionner davantage, à remettre en perspective ce que l'on croit. C'est en se mettant constamment en question, en nous poussant dans nos retranchements qu'on tend le plus vers l'objectivité.

J'entends beaucoup parler de tolérance, de vivre ensemble de part et d'autres. Je trouve hélas que ces mots ont perdu de leur substance. C'est devenu "supporter leur présence", ils sont là, on ne va pas les emmerder mais on ne se mêle pas plus. On "fait avec". Mais ce n'est pas ça le vivre ensemble, ce n'est pas ça la tolérance. C'est accepter l'autre, c'est s'enrichir de ses différences et l'enrichir également. Lorsqu'on est en entreprise, je me moque bien de la religion de mon collègue. On œuvre ensemble pour réaliser notre travail. Hé bien, ici, c'est pareil. On a des avis différents mais on échange et on s'apporte mutuellement pour atteindre un idéal, pour toucher du doigt la vérité. Car foncièrement, on n'est pas si différent que ça, on cherche tout à vivre dans un monde meilleur où l'on pourrait y être heureux. La manière d'y atteindre est différente mais l'objectif final est le même. Ce n'est donc qu'en surmontant nos altérités réciproques qu'on pourra s'élever.

Alors, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. J'adore être avec des personnes de mon bord. Je passe d'excellents moments avec eux et ça, rien ne le remplacera. Ce sont mes amis. Et ils m'apportent aussi énormément quand je discute profondément avec eux. On peut se donner des arguments, des exemples, des idées, parler de notre vécu et de nos expériences. On est là quand ça va mal, on s'entraide, solidaire. Moi, plutôt qu'un like de soutien, quand je vois qu'un ami se fait lyncher à cause d'un de ses propos, je lui montre mon soutien et apporte ma pierre au débat pour montrer les raisons qui l'on amené à dire ça. On explique, on fait de la sensibilisation, on débat. Les réunions politiques servent notamment à ça. La personne explique sa position et ses choix, pourquoi il a fait ça, pourquoi il lutte. En outre, je reste relativement convaincu de mes valeurs et bien qu'ouvert à la discussion, je reste sur un certain noyau dur, un socle de repères qui me sera très difficile de récuser. Mais je ne suis pas dans le rejet de l'autre.

Une chose que je trouve nocif aujourd'hui en politique est la polarisation de celles-ci. Il y a maintenant des chasses gardés. Des positions dites "de droite" et d'autres "de gauche". Je pourrai très bien l'expliquer mais Science4All a déjà fait une excellente vidéo que je vous invite à regarder

On tend alors vers deux camps de plus en plus marqués, divisés et avec une vision de l'autre de plus en plus délétère. On se dirige vers un schisme politique et idéologique de plus en plus important. C'est regrettable sachant qu'on est amené à vivre tous ensemble. C'est en rejetant les gens comme on a tendance à le faire désormais et en vivant "entre soi" comme le pousse les sites comme Google, Facebook, etc, en favorisant des résultats proches de notre vision, qu'on se marginalise, qu'on se radicalise et ce n'est bon pour personne. Donc ami lecteur, vous pourrez continuer à "critiquer" au bon sens du terme (si c'est un reproche stérile, continuez à vous abstenir^^).

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